Entretien avec Olivier BRECHARD

23 May 20217 min

Divers

« L’accélération de la transition digitale n’est pas nécessairement synonyme de destruction massive d’emplois ; elle ne doit pas l’être. »

Olivier Bréchard est directeur général de WebForce3, réseau ESS d’écoles de formation aux métiers du numérique, depuis septembre 2015 ; au cours des huit années précédentes, il s’est consacré au développement de programmes éducatifs innovants à travers le monde. Notre récent échange fut l’occasion d’évoquer certains enjeux globaux auxquels l’éducation et la formation sont confrontées aujourd’hui, d’aborder en particulier la profonde mutation du monde du travail, l’obsolescence accélérée des compétences et des métiers eux-mêmes, les risques d’une profonde fracture digitale. Au regard de ces défis, nous avons ensuite évoqué le modèle de formation proposé par WebForce3.

Son parcours, à la recherche de l’innovation dans l’éducation :

A horizon 2030, quelque 2 milliards de personnes, pour la plupart jeunes, vivront dans des taudis à la périphérie de mégalopoles, sans accès à une éducation décente[1], mais connectés au monde entier. Co-directeur du World Innovation Summit for Education, WISE, de 2008 à 2012, Olivier est confronté à de tels défis éducatifs globaux, appelant des solutions urgentes, complexes, d’une ampleur inédite. Dans le cadre de WISE, Olivier contribue donc à fédérer un ensemble d’acteurs influents, dotant rapidement cette initiative d’une forte portée et légitimité internationale : institutions[2], représentants du monde éducatif de tous les pays (enseignants, chercheurs…), mais aussi entrepreneurs sociaux (Ashoka, BRAC…) et entreprises privées (Cisco, Microsoft…) œuvrant dans l’éducation.

Il veille surtout à l’impact concret de WISE qui se fixe pour priorité d’identifier, d’évaluer avec des experts de premier plan, de faire connaître puis de soutenir des programmes ayant déjà fait leurs preuves sur le terrain. Parmi les pépites identifiées, citons le programme BBC Janala, au Bengladesh, pour l’apprentissage de l’anglais via la télévision et les SMS, dont le succès s’appuie sur la création de milliers de communautés apprenantes villageoises ; ou encore Pathways to Education, dispositif de lutte contre le décrochage scolaire né dans la banlieue de Toronto et dont le système de parrainage a ensuite été adopté largement au Canada.

Première grande leçon, la diffusion à l’échelle de l’innovation dans l’éducation requiert une formidable mobilisation de toutes les énergies à l’œuvre dans la société. Pour réussir et dépasser l’expérimentation, cette innovation doit bien souvent être à la fois pédagogique, sociale, financière et enfin technologique. La technologie — indispensable pour l’impact réel recherché sur des millions de personnes — sera donc toujours envisagée comme un moyen à mettre au service d’approches inclusives, non comme un but en soi ni comme une solution magique (ex. les folles promesses faites autour des MOOCs à leur naissance).

Dans la droite ligne de WISE, Olivier accompagne d’autres projets d’ampleur, à la pointe de l’innovation, comme l’Open Education Challenge, cherchant à faciliter l’émergence de startups éducatives européennes, et le programme Global Education Future (GEFF), ambitieux dispositif s’appuyant sur la prospective pour transformer l’éducation. Ainsi, GEFF a déjà contribué à la réalisation d’une inspirante cartographie de l’éducation en 2035, d’un Atlas des métiers émergents, ou encore à la création de lieux/hubs dédiés à l’avenir du travail (ex. : le Boiling Point à Moscou).

Olivier prend alors pleinement la mesure du défi que représente la « 4e révolution industrielle » en matière d’éducation et de formation continue pour que celle-ci puisse bénéficier à l’ensemble de la population mondiale, non pas seulement à une élite réputée créative et capable de se réinventer :

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« L’accélération de la transition digitale n’est pas nécessairement synonyme de destruction massive d’emplois ; elle ne doit pas l’être. Comme l’atlas des métiers émergents l’illustre, ainsi que bien des études récentes (McKinsey, WEF, Commission européenne[5], etc.), il existe une multitude de nouveaux métiers à inventer, alors que la majorité de ceux d’aujourd’hui sont appelés à se transformer. Mais il y a une condition pour que cette transition soit porteuse d’opportunités : que des formations voient le jour, en temps et en heure, et en nombre suffisant, pour combler les besoins, sans cesse renouvelés, de compétences digitales. »

Aloïs Gaborit